Toujours aller de l’avant

Un témoignage de Anonyme7,
né(e) le 17 mai 1927
Mémoire recueillie à

J’ai passé mon enfance avec mes deux frères en Ardèche près d’Annonay. Mon père travaillait dans une papeterie et ma mère s’occupait du foyer. Je passais ma scolarité à l’Institut Notre Dame. A onze ans, je fus atteinte d’un staphylocoque doré, une infection qui ronge la moelle osseuse, ce qui m’a valu d’aller régulièrement à l’hôpital, pour diverses opérations contraignantes. On peut voir d’ailleurs que j’ai plusieurs cicatrices sur mon corps.


J’ai quitté l’école d’Annonay et j’ai passé mon brevet. J’ai décidé de ne pas poursuivre ma scolarité car je n’en avais pas envie. J’ai été embauchée alors en tant que secrétaire dans la papeterie où mon père a travaillé durant toute sa vie.


J’aimais sortir en bicyclette pour rejoindre mes amies pour aller jouer au bridge ou faire la fête. Mais attention, mon père était très strict: je devais rentrer à vingt-trois heures au plus tard, pas question de rentrer après. De toute façon, les règles étaient claires pour moi et il n’était pas question de désobéir. Je me suis d’ailleurs toujours bien entendu avec mes parents. Mes deux frères, quant à eux, étaient plus dissipés et désobéissaient à mes parents mais je les soutenais toujours.


Ce qui m’a le plus marqué pendant la guerre, c’est le ravitaillement qui était difficile. La famille avait des tickets de rationnement. C’étaient mes parents qui allaient en ville chercher leur ravitaillement. Je me souviens que des allemands étaient passé près de chez moi et qu’on les avait soupçonnés de tuer la secrétaire de la poste. Un jour, des résistants arrivèrent en ville en demandant où était le Mont Mirandon. C’est ma mère qui les y a amenés. Je voyais parfois des voitures brûlées par des résistants. Cela mis à part, je n’ai pas réellement de souvenirs marquants de la guerre.


Mes parents étaient gaullistes ce qui fait que j’ai été élevée dans un esprit de résistance. Ils étaient contre la collaboration de Pétain.


J’ai eu un premier fiancé un peu volage. J’ai donc décidé de rompre. Un jour, mes amis m’invitèrent à une soirée pour me présenter à un homme; je n’étais pas au courant de ce stratagème. La soirée se passa très bien et je le revis plus tard. C’est ainsi que nous avons entamé une relation amoureuse. Il travaillait dans le textile en Haute-Loire. Notre mariage s’est décidé de façon originale. Il avait parié une caisse de bouteilles de champagne que nous serions mariés avant la fin de l’année et en effet, nous nous sommes mariés le 22 décembre à l’église. Pour notre voyage de noces, nous sommes allés en Belgique et également à Paris. Nous nous sommes installés dans une ferme en Haute-Loire. C’était assez isolé, heureusement j’avais le permis de conduire. J’avais une petite Twingo mais j’avais la réputation de conduire trop vite. J’étais toujours bien occupée, je ne m’ennuyais jamais, entre mon travail à la maison et mes activités (mots fléchés, tricot, télévision…).


J’ai eu trois filles dont deux jumelles. La naissance de mes enfants est mon plus beau souvenir. J’ai accouché à la maison pour mes jumelles. Je les avais placées dans une balle à linge. Etant mère au foyer, je leur ai consacré tout mon temps. D’ailleurs, je pense que les femmes au foyer permettent une meilleure éducation des enfants. Il me semble que la montée de la délinquance a un rapport avec le fait que les femmes travaillent car elles ont peu de temps à consacrer à leurs enfants. Les enfants d’aujourd’hui ne sont pas assez respectueux.


Mes filles ont eu plusieurs enfants, ce qui fait de moi une arrière grand-mère comblée!


J’ai connu des moments plus difficiles. Il y a une vingtaine d’années, j’ai eu un cancer et on m’a enlevé l’utérus et un sein. J’ai eu aussi un infarctus et deux pontages. Ces problèmes de santé m’ont appris à relativiser.


J’ai eu un gros accident de voiture en 2002. A la suite de ça, j’ai été opérée et ma voix fût endommagée à cause des tuyaux pour m’oxygéner.


Puis mon mari a eu la maladie d’Alzheimer. Nous avons été quatre mois dans la même maison de retraite. Il a été transféré à l’hôpital de la Charité car il tombait tout le temps et il fallait qu’il soit plus surveillé. Il est décédé il y a quelque temps. Pour moi, c’est une maladie terrible et il était préférable qu’il décède arrivé à ce stade.


Au niveau de mes goûts, j’aime les grands chanteurs de mon époque Brel, Brassens. Avant mon accident de voiture qui m’abima les cordes vocales, j’aimais beaucoup chanter. J’aime aussi l’opéra. J’aime le cinéma de l’époque d’Yves Montand, Jean Gabin, Bourvil, De Funès, Michèle Morgan… J’ai adoré le film «La Môme» qui m’a vraiment enthousiasmé. J’ai aussi aimé le film «Neuilly sa mère» que j’ai vue récemment au cinéma.


Au niveau des mes vacances, quand j’étais petite, j’allais à Sanary sur mer avec mes parents en pension de famille. Avec mon mari et mes enfants, nous allions passer nous vacances d’été dans le midi et nous faisions du ski pendant l’hiver.


La vie et ses difficultés m’auront appris à relativiser et à adopter une philosophie de vie qui me permet d’aller toujours de l’avant et de garder le moral quoi qu’il en coûte.


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