« Tout le monde était heureux, tout le monde était pareil. »

Un témoignage de Yvonne D.,
né(e) le 27 décembre 1910
Mémoire recueillie à


Je suis née à Captieux en décembre 1910, j’ai un frère et une sœur.


Ma mère était une femme très vaillante, car elle a élevé ses trois enfants toute seule après le décès de mon père à la guerre en 1914. Pendant la guerre il n’y avait plus d’homme, c’était les femmes qui devaient faire les travaux agricoles pour avoir un peu d’argent. J’ai eu une vie simple, j’ai suivi mon époque. Quand j’étais petite, j’étais bègue, je ne pouvais pas faire une phrase correcte et puis un jour le docteur est venu, il m’a donné quelque chose pour la gorge et depuis ce jour je ne bégaye plus.


On allait à l’école à pied avec des sabots en bois. Il y avait sept kilomètres à faire depuis chez moi. A la fin de la guerre j’avais 8 ans, j’ai chanté la Marseillaise sur le perron de la Mairie et j’ai vu une femme pleurer en serrant son enfant dans les bras et je n’ai pas compris pourquoi.


Lorsque l’électricité est apparue j’avais 20 ans, avant on s’éclairait à la lampe à pétrole ou à la lampe acétylène qui faisait une lumière plus blanche que la lampe à pétrole, on y voyait mieux. On repassait avec un fer à charbon, il fallait prendre du charbon brûlant et le mettre dans le fer à repasser. On n’avait rien, pas de réfrigérateur, pas de radio. Tout le monde était heureux, tout le monde était pareil.


J’ai commencé à travailler à 12 ans, j’ai fait cinq ans chez une dame et un an à Langon pour finir d’apprendre le métier de couturière. De 18 à 28 ans j’ai travaillé avec ma mère en tant que couturière, je donnais tout mon salaire à ma mère jusqu’à mon mariage. On ne pouvait rien s’acheter nous-mêmes, je n’ai jamais dit « je veux ceci ou je veux cela », elle nous achetait ce qu’elle voulait. On travaillait du lundi 8h au samedi 17h et le dimanche on allait au bal.


J’ai rencontré mon mari à un enterrement et nous nous sommes mariés en 1938, j’avais 28 ans. Le jour de mon mariage il y avait sept personnes, il manquait un témoin alors ce fut le boulanger qui était dans la rue plus loin. Mon mari est revenu en 1940 de la Seconde guerre mondiale, handicapé, il était blessé à la jambe. Nous avons eu deux enfants un garçon et une fille en 1940 et 1942.


J’ai acheté ma première télévision en 1963, lorsque mon fils est revenu de la guerre d’Algérie.


J’ai connu cinq monnaies différentes le Franc Germinal, le Franc Poincaré, Le nouveau Franc, le Franc et l’Euro dont je ne connais pas la valeur.


J’ai quatre petits-enfants et six arrières petits-enfants. Ça fait 12 ans que je suis à la MARPA de Captieux.



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