« Toutes les filles se disputaient, car elles voulaient toutes se marier avec un américain »

Un témoignage de Henriette L.,
né(e) le 17 février 1912
Mémoire recueillie à


Je suis née le 17 février 1912 à Captieux au sein d’une fratrie de six sœurs, je suis la deuxième.


L’école


J’ai passé toute mon enfance à Captieux. Mon enfance n’a pas été très joyeuse parce que je voyais mon père partir à la guerre, nous vivions des produits de la ferme et pour aller à l’école il fallait faire 12 kilomètres à pieds aller-retour. Je devais m’occuper de mes petites sœurs, c’était lourd pour moi. La maîtresse était gentille, en cas de retard, elle ne nous faisait aucun reproche. Sur la photo de classe (qu’elle nous montre), toutes les petites filles ont de beaux nœuds dans les cheveux. A l’époque, les filles et les garçons n’étaient pas mélangés au sein des mêmes classes. Nous n’avions pas de voiture, nous nous déplacions à bicyclette.


La vie active


Je suis allée à l’école jusqu'à l’âge de 12 ans et après il fallait travailler, le travail était destiné seulement aux garçons alors que pour les filles il fallait chercher. J’ai travaillé pendant 5 années dans un café, « le café du progrès » de Bazas (actuellement, le cercle des travailleurs) et il fallait travailler sans compter les heures, puisqu’il n’y avait pas de lois sociales à cette époque. Ensuite, j’ai été dans une usine qui fabriquait des petit paniers pour y mettre des bouteilles de vins, moi je les remplissais avec de la paille de seigle pour maintenir les bouteilles qui étaient envoyées en Amérique.


Il n’y avait pas beaucoup de loisirs à notre époque, pour aller au cinéma ce sont ceux qui avaient les moyens, moi je n’y allais pas parce que je n’avais pas les moyens de me payer un billet pour le cinéma. La Marseillaise pour moi à toujours été l’une de mes chanson préférée.


L’arrivée des américains à la fin de la guerre 39-45


Les américains sont venus à Captieux au lieu-dit « Poteau » plus précisément pour apporter de l’armement. Ils venaient lors de nos bals et toutes les filles se disputaient, car elles voulaient toutes se marier avec un américain, moi je n’ai pas pu, j’étais déjà mariée.


Mon mari était carrossier à Bernos – Beaulac. Il a fait la guerre 39-45. De mon mariage, j’ai eu un fils. J’ai été très heureuse pendant mon mariage.


Mes enfants et petits-enfants


Mon fils a fait la guerre d’Algérie, mais il en est revenu traumatisé. Mon fils a divorcé, mon mari et moi étant à la retraire depuis l’âge de 65 ans, nous sommes allés garder nos petits-enfants à Toulouse. Mon arrière-petit-fils est né le 3 Avril 2010.


A l’époque, nos grands-parents restaient dans les familles, et ce sont eux qui gardaient les petits enfants et je trouve que maintenant c’est mieux que chacun soit chez soi avec son intimité.



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