« Un voyage, c’est aller à la rencontre de la culture de l’autre »

Un témoignage de Mannhou Pizzeta,
né(e) le 26 mai 1926
Mémoire recueillie à

Je suis allée en Tunisie, seule avec ma fille. Nous devions être accueillies à l'aéroport par quelqu'un de l'organisme de tourisme, mais quand nous sommes arrivées là bas, il n'y avait personne ! Au bout d'un moment, un taxi nous a proposé de nous amener. Nous ne comprenions pas la langue, nous avons accepté et nous sommes parties dans la nuit, comme ça, sans savoir où nous allions. Nous commencions à avoir peur, puis finalement nous sommes arrivées à l'hôtel comme prévu. En fin de compte, je crois que l'hôtel s'inquiétait de ne pas nous voir arriver et avait prévenu un taxi.
Arrivées à l’hôtel à Tunis, on est allées boire un café et tout le monde nous regardait, on se demandait vraiment ce qu’on avait fait. Après, plus tard, on a compris : à l’époque les femmes n’étaient pas admises dans les cafés. Mais ça a quand même été très respectueux. Pour moi c’est ça un voyage, c’est aller à la rencontre de la culture de l’autre. C’est pour ça qu’il y a parfois tant d’incompréhension ; parce qu’on ne se met jamais à la place de l’autre.

Dans ma vie, il y a eu beaucoup plus de personnes qui sont venues en voyage vers moi que le contraire. J’ai accueilli des gens du Bénin, du Liban, d’Allemagne... et je suis d’ailleurs toujours en relation avec eux aujourd’hui. C’est vrai que finalement, on peut rencontrer l’autre sans se déplacer.

Quand mes enfants étaient petits, nous partions en vacances à Notre Dame de Monts en Vendée. J’avais 9 enfants alors on ne partait pas tous à la fois, mais on remplissait quand même tout un compartiment du train. A ce moment-là, il y avait encore des filets pour mettre les bagages, alors moi j’installais mes enfants dans les filets pour la nuit. Mon mari ne pouvait pas nous rejoindre parce qu’il était artisan, alors les enfants amenaient un copain ou une copine. On louait une bourrine là bas, et tout le monde participait aux tâches ménagères. J’ai retrouvé une photo il n’y a pas longtemps où on voit notre organisation pour la vaisselle : un qui lave, un qui essuie, un qui porte… et comme il n'y avait pas assez d'eau, on la faisait autour du puits !

Voilà, je pense qu’un voyage c’est toujours un cadeau que nous fait la vie pour aller à la rencontre de l’autre. On peut continuer à être ouvert aux autres tout en restant enfermé dans sa chambre.

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