Une enfance pendant la guerre et après…

Un témoignage de Lucie Georges,
né(e) le 15 avril 1939
Mémoire recueillie à

Mon père a été déporté, il a passé une vingtaine de mois dans les camps. Ils avaient une vie pas possible, on leur mettait de la grande musique pendant qu'on leur faisait du mal. Ils ont beaucoup souffert dans les charniers. Il est rentré à 38 kg. Mon père a recommencé à travailler mais il a du s'arrêter à 50 ans.

Il a été faire la campagne de Belgique. Là, le Général Giraud l'a pris comme cuisinier et ma mère comme gouvernante, ils l'ont suivi un peu partout. Le Général partait dans le midi pour aller en Algérie et mes parents étaient dans une voiture bondée de fusils, d'armes pour rentrer sur Dijon. Là, il a fait partie du Maquis.

Le général a été fait prisonnier et mon père a été réquisitionné pour travailler à la Gestapo, il n'a pas eu le choix. Comme il comprenait un petit peu l'allemand, il renseignait les maquisards sur ce qui se préparait. Il a été vendu et a été déporté à Buchenwald et Mauthausen. Notre vie de famille en a été ébranlée, ma mère s'est retrouvée seule avec deux filles.

Mon père est rentré, il s'est retapé la santé. L'Etat a considéré qu'ils étaient perdus, qu'ils n'allaient pas survivre du fait de leur poids (38 kg), et je me suis découverte pupille de la nation à 55 ans quand j'ai voulu prendre ma retraite ! Nous avons beaucoup voyagé. Dans le Doubs, au dessus de Pontarlier, mon père a travaillé dans une usine pour faire des montres. Quand sa santé a été assez remise, nous avons déménagé dans un petit village à la frontière Suisse. Mes parents tenaient une épicerie avec de tout, car le village ne comptait que 25 habitants. C'était le seul commerce. Ils avaient dressé notre chienne pour qu'elle livre les journaux aux personnes âgées. A l'époque, j'avais 8 ans. Pour livrer l'épicerie, le camion s'arrêtait plus haut, à 4 kilomètres de là. Je montais avec ma luge et j'allais chercher la livraison. Un jour, avec un cageot de choux-fleur et un cageot de poisson, j'ai raté le tournant, et je ne vous dit pas ce qui est arrivé (rires) !

Il n'y avait pas de fleuriste dans le village, alors quand il arrivait une sépulture ou un mariage, avec l'école, nous allions dans les champs et nous faisions une gerbe pour les enterrements, ou une couronne pour les mariages.

Mes parents avaient chacun une moto. Tous les 2 jours, mon père me descendait à Pontarlier car j'avais des problèmes de dents. J'étais dans la remorque, il mettait des cageots et il la bâchait. J'ai eu de la chance parce qu'une fois, alors que la veille j'étais avec lui, la remorque s'est retournée dans un torrent. C'était le seul transport qu'on avait puisqu'il n'y avait pas de cars comme maintenant. Nous allions nous balader en moto le dimanche. Une fois, nous avons doublé un troupeau de vaches. Ma mère passe avec ma sœur, et au moment où mon père et moi passions, une vache a pris le guidon de la moto et je suis passée par-dessus le dos de la vache ! Nous n'avions pas le droit de jurer, mais quand j'ai dit "merde !", ils ne m'ont en pas voulu, ils avaient eu peur.

Nous avons aussi habité à Saint Germain En Laye. Mes parents avaient racheté un petit hôtel coulé précédemment, tenu par des vieilles filles. Il n'y avait ni lavabos ni douches. Pour se laver, nous utilisions une cuvette et un broc d'eau (en 1956, il a fait tellement froid que l'eau dans le broc était gelée !). J'ai passé mon certificat d'études en aidant mes parents à l'hôtel, j'avais 14 ans. Quand il manquait une serveuse, je mettais un tablier et je faisais le service ; quand il manquait quelqu'un en cuisine, je lavais la vaisselle.
Ensuite, nous sommes partis dans l'Yonne. Je faisais des études pour être infirmière mais j'ai abandonné pour aider mes parents dans le nouvel hôtel (plus petit) qu'ils avaient acheté. Mon père m'envoyait au bord d’un étang dans le bois, vendre la pâtisserie et la glace qu'il confectionnait. A cette époque, nous tournions la glace à la main.


Télévision :

Ma mère a été élevée dans un orphelinat. Elle était contre tout. Je n’avais pas le droit de sortir, d’aller voir des copines, de regarder la télévision. De temps en temps, on voyait un petit truc en noir et blanc, je n’ai pas beaucoup regardé la télé. Je l’ai eu à nouveau quand mon dernier fils a eu 3 ans, en 1967. Quand je travaillais à l’hôpital, du fait de mes horaires, je ne la regardais pas trop donc j’ai gardé un poste en noir et blanc. Une fois à la retraite je l’ai prise en couleurs, c’est quand même mieux ! Il est vrai que maintenant c’est bien ancré dans les foyers.

Electroménager :

Dans le temps, il y avait un garde manger avec un grillage pour ne pas que les bêtes aillent manger dedans. Ce n’était pas vraiment au frais, on ne pouvait pas acheter d’avance.
Quand j’ai été mariée, j’ai essayé une fois le lavoir, mais je n’y suis pas retournée une deuxième ! Les lavandières étaient courageuses, ça fait très mal au dos. Elles devaient avoir l’habitude, mais ce n’était pas bien drôle. En 1961, quand j’ai emménagé dans les cités SNCF du Biollay, c’était magique, il y avait la douche et d’autres choses qu’on n’avait pas tellement eues.

Transports :

J’ai vécu 16 ans au Biollay. J’allais balader mes enfants aux Charmettes. Nous faisions tout à pied car nous n’avions pas de voiture. J’ai roulé en Solex, c’était dangereux dans les tournants à cause des petits moteurs sur le devant ! Ensuite, j’ai eu une mobylette.
Au niveau des trains, ça a beaucoup changé. La famille de mon ex mari habitait dans le Poitou. Nous partions de Chambéry à 17h pour arriver le lendemain à 9h, avec des changements à Lyon, Saint-Étienne où on prenait un train à vapeur (le charbon c’était infernal, il y en avait de partout !), et à Tours.
Maintenant c’est plus rapide.

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