Une fille de la campagne

Un témoignage de Ernestine Rodet,
né(e) le 28 novembre 1920
Mémoire recueillie à

Je suis une fille de la campagne, j'ai grandi en Savoie avec mes parents et mes sœurs. Je me souviens que l'école était loin, en haut, sur une colline avec de grandes montées. Il fallait faire un kilomètre pour y aller et un autre pour revenir, on se fatiguait vite. Et dire qu'il y en avait qui habitaient juste à coté, ils en avaient de la chance...

L'un de mes plus beaux souvenirs fût mes vacances en Italie quand j'étais adolescente. Je partais avec ma famille, mon père était d'origine Italienne. Il y avait une super ambiance, comme en colonie. On chantait en allant à la mer. Venant de la Savoie, la mer ça nous changeait tellement... On n’avait pas l'habitude et on prenait des bonnes cloques et des coups de soleil. On se mettait à l'ombre des bâtiments, on souffrait. Ça m'a beaucoup marqué. Puis mes parents ont acheté une ferme en Isère, alors c'était fini. On n’y est jamais retourné.

Puis la guerre est arrivée, j'avais 20 ans. J'ai eu de la chance, je n’en ai pas vraiment souffert sachant que mes parents vivaient à la ferme, ils avaient tout ce qui leur fallait. A cette époque, je travaillais dans une usine de soie artificielle qui a fermée sitôt la guerre arrivée, j'étais donc coincée à la maison chez mes parents. On était trois filles, c'était dur à assumer, alors je suis partie à Lyon pour travailler. J'ai posé une annonce en tant que « femme à tout faire ». J'ai trouvé à coté des patrons de la ferme de mes parents. L'appartement était superbe et donnait sur la place Jean Macé. Mon patron était ingénieur. Sa femme était cardiaque. J'avais à entretenir l'appartement, faire à manger et à m'occuper d'elle. Il fallait lui donner des médicaments, à cette époque il fallait donner des gouttes.

Je suis restée 4 ans là-bas, jusqu'au jour où on a entendu une alerte. Dans ce cas, il fallait descendre et se mettre à l'abri dessous. Quand on est ressorti, ça nous a fait drôle. Une bombe était tombée sur le bâtiment, les cuisines étaient toutes tombées. Ma chambre s'était effondrée, toutes mes affaires se baladaient au grand air. On a vu tous ces gravats... et l'eau qui coulait dans la rue... c'est l'eau qui nous a fait le plus peur : il y en avait une bonne quantité qui s'écoulait ! On n’a pas pu remonter parce que la cage d'escalier était coupée. Alors je suis repartie chez mes parents dans l'Isère, je n'avais pas le choix.

J'ai alors connu mon mari. Je me souviens qu'il y avait une place pas loin de la maison, il y avait souvent de la musique avec une grosse caisse. J'avais l'habitude d'y passer. Ce jour-là, il y avait la petite bonne d'en dessous qui était venue avec moi pour écouter la musique. On y allait presque tous les jours. Mon mari, lui, faisait des livraisons pour la SNCF avec une camionnette et il s'est arrêté juste derrière nous pour regarder aussi. On s'est retourné et on l'a regardé... et puis le lendemain, on s'est revu. Voilà comment ça s'est fait... et on ne s'est plus décollé.
On s'est marié en janvier, en même temps que ma sœur, et nous avons eu quatre fils qui ont maintenant des petites filles...

C'est bizarre la vie...


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