Une vie bien remplie !

Un témoignage de Jeanne FELS,
né(e) le 3 décembre 1922
Mémoire recueillie à

J’ai eu mon certificat d’étude et j’ai continué un an ou deux après mais mon père ne voulait pas que je devienne une intellectuelle.

À Angers, j’avais des problèmes avec l’école laïque car vulgairement « ils bouffaient du curé ». J’étais punie car j’allais à la messe. Ma mère m’a ensuite inscrite dans une école religieuse et alors les bonnes sœurs, j’en ai eu une indigestion! Elles m’ont complètement dégouté de la religion. Je n’étais pas très pieuse. Quand on vous dit il ne faut pas comprendre mais croire, qu’est que ça veut dire ? Ils veulent faire de nous des imbéciles ? J’ai continué un peu mais l’histoire de la religion, l’histoire sainte etc… m’ont dégouté de l’école. Je suis sortie de l’école je devais avoir 16 ou 17 ans et la guerre a commencé, en 1939.

Mon père, mobilisé à 49 ans, a acheté un café restaurant pour que le reste de la famille puisse manger et survivre. On a servi à manger aux allemands plusieurs fois, ils ont toujours payé et ne nous ont jamais manqué de respect. J’ai travaillé quelque temps avec ma mère au café. Puis en 1941 mon père est rentré de la guerre et a ouvert son entreprise de tailleur. J’ai travaillé avec lui comme pompière. Je faisais toutes les retouches sur les vêtements, les costumes, les smokings, les robes, les jupes. J’ai fait ce métier de pompière pendant 5 ans. J’aimais bien car je m’habillais. J’adorais faire de la couture pour moi.

J’ai arrêté en 1946 car je me suis mariée. Je suis tombée sur un sacré phénomène, un fiancé pourtant charmant qui voulait rendre sa femme heureuse et qui avait une bonne situation. Alors je me marie et le lendemain je passe à coté de mon mari, je l’embrasse poliment sur la joue et il me dit : « quel pot de colle ». Alors je me suis dit c’est pour plaisanter, j’ai sourit poliment même si j’ai trouvé ça bête. Le lendemain pareil je l’embrasse et il me dit : « quelle sangsue ». De jours en jours notre mariage c’est dégradé. Il m’a dit que la porte était grande ouverte alors je suis partie et ne suis jamais revenue. Je suis rentrée chez mes parents puis je suis allée à Paris chez mes tantes au bord de la Seine, trouver un travail. J’avais 26 ans et aucune qualification. J’ai eu l’opportunité de partir à Londres comme fille au pair. Je voulais apprendre à parler anglais. J’avais des après-midis de libres et je m’étais inscrite dans une école pour des étrangers. Je suis restée 13 mois en Angleterre.

Je suis rentrée en France et j’ai trouvé un travail dans un magasin de luxe, « Les trois quartiers », près de la Madeleine à Paris. J’étais vendeuse. J’ai vu toutes les vedettes de cinéma de l’époque.

J’avais trouvé un système pour me faire coiffer gratuitement. Je servais de modèle pour de grands coiffeurs et je gagnais même 5 francs. Un jour un coiffeur me demande si je sais taper à la machine car une place était libre à l’ORTF et c’était beaucoup mieux payé qu’au magasin de luxe. Alors j’ai suivi des cours du soir pour apprendre à écrire à la machine.

Je suis donc rentrée comme pigiste à l'ORTF en section anglaise et je tapais les lettres en anglais. Je suis restée là 1 ou 2 ans. Comme j’avais trois matinées de libre par semaine j’ai alors travaillé pour un avocat comme secrétaire pour augmenter mes revenus. Un jour mon patron (l’avocat) me demande de travailler à temps complet pour lui en me payant nettement mieux qu’à l’ORTF. Je saute sur l’occasion et il m’embauche et je suis rentrée dans le civil.

Les années passant j’avais 40 ans, je me suis dit que je voulais un enfant et c’était la limite extrême. Alors j’ai donné mon compte, j’ai changé d’emploi mais toujours comme secrétaire.

J’avais un ami depuis très longtemps très bien mais qui ne se libérait pas. J’avais regardé autour de moi il n’y avait personne de très intéressant. Mon ami était l’homme de ma vie mais il ne le savait pas encore. Il était déjà marié et avait deux enfants. Nous nous sommes quand même fréquentés pendant un moment et un jour je suis tombée enceinte. Alors je lui ai envoyé une lettre pour tout lui avouer et lui laisser le choix : « comme je ne t’ai pas demandé la permission je ne veux pas t’imposer une chose que tu n’as pas choisi en conséquence si tu ne veux pas me revoir je ne ferais rien pour t’ennuyer, je te donne toute liberté fais ce que tu veux ». Trente minutes après il était chez moi, enfin chez mes tantes, et il me dit : « Tu me prends pour un salaud pour un cochon mais qu’est que j’ai fait pour te donner cette impression ? » Je lui ais répondu que je ne voulais pas le forcer à quoi que se soit car il ne l’avait pas choisi. Il m’a dit que si c’était mon bonheur il m’aiderait.
Neuf mois après j’ai eu un magnifique petit garçon, Olivier. Il a quitté sa femme et nous nous sommes mariés en 1977 et installés par la suite à Grenoble loin de la capitale tous les trois.


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