Une vie faite de voyage

Un témoignage de Anonyme 6,
né(e) le 1 mai 1921
Mémoire recueillie à

Elle est née en 1921 dans une fratrie de six frères et une sœur. Son père est décédé quand ils étaient jeunes, c’est pourquoi le conseil de famille décida de séparer les filles des garçons. Elle s’est donc retrouvée avec sa sœur chez une vieille cousine. Elles revenaient quinze jours par été revoir leur mère. Quand elle eut environ dix-huit ans, elle décida de retourner chez sa mère pour l’aider à élever ses frères qui étaient encore jeunes. C’est à cette période qu’elle devint monitrice d’enseignement ménager (maintenant appelé Conseillère en économie sociale et familiale). La seconde guerre mondiale éclata et voici deux anecdotes qui l’ont marqué: Grace à sa fonction de monitrice d’enseignement ménager, elle s’occupait des filles. Alors que le village voisin avait été bombardé, elle dut avec « ses » filles aller aider les sinistrés en leur servant un repas. Pendant la préparation du repas l’alerte retentit, mais à cause du grand nombre de fausses alertes, elles ne réagir pas. C’est quand elles entendirent les avions arrivé qu’elles prirent cette alerte au sérieux. « Ses » filles se sont refugiées dans la tranchée qui se situait de l’autre coté de la place du village. C’est à ce moment là qu’un homme lui demanda de l’aider pour faire descendre une personne âgée dans une cave, qui avait résisté au bombardement d’avant. Elle aida cette personne en laissant « ses » filles se mettre à l’abri toutes seules. Les bombes commençaient à tomber. A la fin du bombardement, l’entrée de la cave était bouchée. Les personnes qui étaient dans la cave commencèrent à appeler les secours en tapant sur les murs et les tuyaux. Quand les secours réussirent à déboucher l’entrée de la cave, elle demanda à sortir en premier pour aller à la recherche de « ses » filles. C’est à ce moment là que l’homme qui était venu les secourir qui se trouvait être un soldat allemand, la prit dans ses bras en disant « j’ai une fille de votre âge en Allemagne ». Finalement, aucune des filles était blessée, à part une qui s’était fait mal en sautant dans la tranchée. Alerté par les bruits du bombardement, les parents des filles, inquiets vinrent aux nouvelles de leurs enfants. Quand ils virent que tout allait bien, ils décidèrent de les laisser pour qu’elles puissent finir de préparer et servir les repas. A la fin de la guerre, alors qu’elle était chez sa mère, deux officiers allemands sonnèrent à la porte. Comme elle parlait allemand, elle comprit qu’ils cherchaient leur chemin pour remonter à Lyon, ils s’étaient perdus en voulant prendre un raccourci. Comme ils étaient allemands et donc à cette époque considérés comme des ennemis, elle hésita à leur donner la bonne direction. Finalement, elle leur indiqua le bon chemin car « avant d’être des ennemis ce sont avant tout des être humains ». A la fin de la guerre, la famille a dut quitter la maison et monter à Paris. C’est une fois arrivé à Paris qu’elle rencontra son futur mari, qui côtoyait les mêmes mouvements de jeunesse. Ils participèrent, avec des amis à la création des Francs et Franches camarades, mouvement d’éducation populaire. Aujourd’hui, ce mouvement existe encore sous le nom des « Francas ». Plus tard avec son mari et un de ses enfants, ils décidèrent de partir au Maroc. Là- bas elle enseigna le français. Ils eurent un enfant en 1962. Deux ans après sa naissance, ils partirent au Dahomey (le Bénin actuel). Là aussi elle enseigna le français. Ce qui l’a marqué, c’est la « soif d’apprendre » des enfants. Il n’était pas rare que des élèves aillent chez elle pour qu’elle leur explique leurs devoirs. Elle a pu même observer quelque fois des élèves s’éclairant à la lumière des réverbères de la rue pour apprendre leurs leçons. Elle a enseigné au lycée agricole de Porto-novo. Ils sont restés quatre ans au Bénin. Ils rentrèrent de temps en temps pendant leurs vacances en France, ils décidèrent d’acheter une maison pour que leur fils ait une attache en France. Quand son mari prit sa retraite, ils rentrèrent en France. Elle fut mutée à Saint Etienne. Pour sa première année d’enseignement en France, elle eu une classe plutôt difficile. Ses élèves obtinrent leur certificat d’étude ce qui fut une belle récompense pour elle. Les années d’après, elle eu les Classes Préparatoires, elle eu notamment comme élève les filles du gardien de l’équipe de l’Asse Yvan Curkovic. A sa retraite ils vécurent dans leur maison de campagne et depuis que son mari est décédé, elle vît dans une résidence.

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