Une vie heureuse

Un témoignage de Jeanne GOUMAS,
né(e) le 20 janvier 1919
Mémoire recueillie à


J’ai quitté l’école à l’âge de 11 ans et demi parce que je n’avais plus envie d’y aller, ça ne me plaisait plus. Je n’étais bonne qu’en dessin. On était beaucoup à la maison, j’avais 8 frères et sœurs. Alors j’ai demandé à mon père si je pouvais arrêter, il a accepté en me disant que je faisais bien ce que je voulais. Je me suis donc trouvé un travail à la pharmacie d’en face de chez nous.


Puis à 15 ans, je suis partie sur Paris pour travailler dans une boulangerie pâtisserie. J’y suis restée 10 ans en tant que vendeuse. J’habitais chez mes patrons, j’étais comme la fille de la maison ! Qu’est ce qu’ils étaient gentils ! Les Mardis soirs, on allait au cinéma avec la fille des patrons et la tante. Mais je ne sortais pas trop car je travaillais beaucoup, les week-ends aussi. Et à mes 25 ans, j’ai rencontré mon mari, nous nous sommes mariés et j’ai quitté mon travail à la boulangerie. J’ai été très heureuse. Puis j’ai travaillé chez la femme de Léon Blum en tant que femme de ménage. Elle était gentille Madame Blum, elle m’aidait à faire les lits et était même venue me rendre visite à l’hôpital quand j’ai mis au monde mes enfants.


Durant la guerre, mes 6 frères étaient prisonniers de guerre. C’est moi qui leur envoyais leurs colis, je m’occupais d’eux car mes parents étaient déjà âgés. Mais je n’ai rien regretté, tout s’est très bien passé, ils sont tous revenus, se sont mariés et ont eu des enfants ! J’étais chez mes parents quand la guerre a été déclarée puis on est partis à Angoulême. On a pris le train à Versailles, je me souviens, on se faisait bombarder. On a dormi plusieurs jours dans un cinéma parce que ça tombait dehors. On ne pouvait pas aller ailleurs. Puis on est revenu dans la région parisienne et j’ai pu continuer mon travail à la boulangerie. Ce dont je me rappelle le plus ce sont les bombardements quand j’étais chez mes patrons. Ils me criaient « Jeannette !! Descend au 2ème sous-sol ! » Mais je ne voulais pas, je n’avais pas peur, je voulais rester là où j’étais. Une fois pendant un bombardement, une femme avait crié à son enfant d’aller se réfugier dans une cave mais arrivé là bas, l’enfant s’est fait tuer. On entendait les avions passer aussi. Mais j’étais loin d’être malheureuse, pas comme les gens qui n’avaient rien. Moi je travaillais dans une boulangerie, mon père avait un potager. Je n’ai jamais manqué de rien. Les gens venaient avec des tickets de rationnement à la boulangerie, et une fois j’avais surpris une femme mettre un bout de pain dans sa poche, je n’avais rien dit.


Puis après il y a eu les Américains ! Alors là on a fait la fête ! J’ai dansé avec un Américain, il était beau !!


Je peux dire aujourd’hui que j’ai mené une vie très heureuse, je ne regrette rien !


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