Une vie intéressante

Un témoignage de ,
Mémoire recueillie à


Mme Piéret est née le 23 octobre 1921 à Paris.


Durant mon enfance, je vivais avec mes parents et ma sœur à Paris avenue Carnot près de l’Arc de Triomphe.


Mon père était bottier et tenait sa propre boutique de luxe, il aimait beaucoup son métier. Ses clients étaient de la haute bourgeoisie de Paris, il chaussa entre autre le président Raymond Poincaré mais aussi Albert Buisson (sénateur du Puy de Dôme et maire d'Issoire).


L’appartement dans lequel on vivait appartenait à mon père avant même la première guerre mondiale.


Après le mariage de ma sœur, je me suis retrouvée seule avec mes parents. Je voulais à l’époque les aider financièrement mais mon père me disait « tant que je serai là, tu ne travailleras pas ! »


En 1940, les allemands ont commencé à envahir la France en arrivant de la Belgique, par les Ardennes. Peu de temps après, mon père avait entendu à la radio que les allemands étaient à quelques kilomètres de Paris. Il pensait alors qu’ils arriveraient deux ou trois jours plus tard. Le lendemain matin, ma mère partait comme à son habitude faire quelques courses. En revenant à la maison elle nous annonçait alors que allemands défilaient dans Paris. Je me souviens avoir pleuré toute la matinée ce jour-là. Commençaient alors les restrictions imposées par les allemands : couvre-feu à 20h, repas rationnés… on était très malheureux. Le 24 août 1944, le soir, on écoutait la radio de Londres (qui était à ce moment là interdite d’écoute sous peine d’être pris en otage), qui annonçait que les troupes du général Leclerc étaient aux portes de la capitale pour la libérer des allemands. Ce jour-là à 22h, toutes les cloches de toutes les églises de Paris ont sonné l’heureuse délivrance ! Tous les gens descendaient dans la rue et s’embrassaient pour exprimer leur joie, même s’ils ne se connaissaient pas ! C’est, il me semble le plus beau souvenir de ma vie. Le lendemain, les américains arrivèrent à Paris. Pendant qu’elle faisait les courses, ma mère rencontra un de leurs soldats. Elle l’invita à la maison, on échangea nos adresses le soir même. Quelques jours plus tard je recevais une lettre de sa part. Nous nous écrivions régulièrement et c’est seulement 44 ans après que nous nous sommes revus à Washington.


En 1946, je suis allée en Angleterre, le voyage à l’époque durait 9h. J’y suis restée 2 mois, logée chez ma correspondante. J’avais donc appris à parler l’anglais.


Quelques années plus tard, en 1950, j’allai à Venise avec ma mère. A l’époque, je ne parlais pas l’italien. Je me souviens d’un coucher de soleil non loin de la Basilique Saint-Marc, j’étais tellement émue devant la beauté de cette scène que j’en étais restée bouche bée pendant quelques instants, incapable de parler. L’année suivante, j’apprenais l’italien un peu chaque jour dans le but de pouvoir y retourner en sachant le parler. Finalement, je suis devenue trilingue.


En 1949 mon père décéda. Ce fut alors pour moi le moment de me mettre au travail, ma mère n’ayant jamais cotisé pour sa retraite, il nous fallait de l’argent. En 1950 je fus engagée dans une usine renommée à Paris dont le siège était à Châteaudun, spécialisée dans la fabrication de pièces automobiles. J’y ai travaillé 22 ans en tant que traductrice en anglais et italien.


En 1961, j’ai rencontré l’homme de ma vie. Un an plus tard nous nous sommes mariés. C’est à cette époque que je suis venue vivre à Juvisy-sur-Orge avec mon mari et ma mère. Nous habitions près de la caserne des pompiers. Mon mari travaillait dans la représentation des chemins de fer fédéraux suisses, boulevard de la Madelaine. C’était un gaillard, costaud et jamais malade, il eut toutefois une attaque cardiaque un dimanche après-midi. Les pompiers sont arrivés très rapidement, accompagnés d’un médecin, mais ils n’ont rien pu faire. C’était en 1987.


Nous n’avons à mon grand regret jamais eu d’enfant. A l’époque je pensais qu'élever des enfants n’était pas compatible avec ma vie professionnelle. De plus, je voulais m’occuper de ma mère.


Je n’ai pas vécu de grandes choses dans ma vie, mais malgré ça je me dis que j’ai eu une vie intéressante, heureuse et surtout, j’ai toujours été en bonne santé.




array(0) { }