Vie de famille et voyages( Saumur)

Un témoignage de Simone Catillon,
né(e) le 8 décembre 1922
Mémoire recueillie à

Quelle éducation avez-vous reçu par vos parents, ainsi qu’à l’école ?
A mon avis, j’ai eu une éducation normale ce n’était pas très stricte. J’estime que c’était une bonne éducation. J’avais une sœur qui avait deux ans de plus que moi et il fallait obéir. Bien sûr on allait en classe normalement, au catéchisme. On nous apprenait le respect des autres. A l’école ça ne se passait pas comme ça se passe maintenant. Je me souviens quand on arrivait, la première chose que l’on faisait, on nous citait une phrase de moral qui n’existe plus maintenant. Je trouve que c’était une bonne chose. Parce que l’on avait le respect des autres. Il y avait une phrase pour chaque jour.

Quelle a été votre plus grande histoire d’amour ?
J’ai eu une seule grande histoire d’amour, ce n’était pas compliqué. J’ai rencontré un garçon qui me plaisait et ça a tout de suite accroché. Nos parents se connaissaient d’ailleurs, très bien, vous voyez ce n’était pas n’importe qui ! Evidement nous nous sommes fréquentés normalement mais on sortait ensemble, c’était très réservé. Parce qu’à cette époque là, tout au moins dans ma famille on ne se liait pas trop facilement, pas comme maintenant, on ne s’embrassait pas comme ça. Ce n’était que plus affectif je trouve. Ce n’était pas n’importe qui et puis au bout d’un certain temps nous nous sommes fiancés. Ce n’était pas encore au moment de la guerre. On en parlait beaucoup. Moi je suis de l’est, des Vosges et mon fiancé était de Strasbourg en Moselle donc à la frontière Allemande. On s’est fiancé à Strasbourg en Alsace puis il est parti à son service militaire. Il m’a dit : « Je reviens dans 3 mois avec une permission et on verra ce qui ce passera à ce moment là ! ». Il est donc parti au bout de 3 mois de fiançailles. Il y a eu la guerre en route et il est revenu 5 ans après. Pendant 5 ans, étant Alsacien Lorrain, il ne pouvait pas rester en France. Car il y avait en France des zones qui n’étaient pas occupées par les allemands, on les appelait des zones libres. Il y avait une zone interdite, une normale, une libre. Moi j’étais en zone interdite. Cela signifie que l’on ne pouvait pas se déplacer sans une pièce spéciale donnée par les Allemands qui nous permettaient de circuler. Pour ainsi dire, pas bouger. Alors mon fiancé est donc parti en zone libre et puis il était recherché par les Allemands il a fallu partir de la zone libre avec beaucoup d’autres garçons de son âge. Ils sont donc partis en Afrique et il y est resté 5 ans. Il est revenu en France au bout de 5 ans avec les Américains. Lorsqu’il est arrivé nous nous sommes mariés. Mais pour se marier nous avons du passer un examen de contrôle d’identité pour prouver mon appartenance à la France. A ce moment là on ne faisait pas ce que l’on voulait. Nous nous sommes mariés et nous avons eu 5 enfants ! (sourire).
Pouvez-vous nous raconter des anecdotes ou souvenirs de la guerre ?
Nous étions dans la zone interdite. A Vosges il faisait très froid en hiver et il y avait beaucoup de neige. Il y avait un camp de prisonniers allemands pas très loin à quelques kilomètres de la ville. Il y avait eu des évasions et alors quand il y avait quelque chose qui ne leur plaisait pas, les allemands faisaient des représailles. On était obligé de nettoyer la rue principale de la ville d’enlever la neige. Je ne sais pas si vous vous rendez compte qu’on avait 60 cm de neige dans toute la ville !! (regard persuasif). Il a fallu que tout le monde se mette à enlever la neige. C’est-à-dire à la mettre dans les tombereaux et la jeter dans la rivière. Vous savez ils avaient de drôles de représailles, ça m’a frappé ça. Si quelqu’un refusait de le faire, il était punit, on ne pouvait pas y échapper, il fallait qu’on le fasse.
Comment voyez- vous les jeunes d’aujourd’hui par rapport à votre génération ?
C’est tout à fait différent on n’avait pas le même mode de vie, bien sûr il y à des différences. Il faut savoir que plus on avance plus c’est sophistiqué. Il y a plus de laisser-aller maintenant. Ne serais-ce que pour l’éducation des enfants. Ils sont beaucoup plus libres. Les jeunes font ce qu’ils veulent. Certaines catégories pas tous le monde… Maintenant il y a plus de moyens. Il y a plus de tentations on trouve plus de choses. Par exemple, nous n’avions pas de voiture, ça n’existait pas ou très peu. Seuls les docteurs avaient des voitures. On pouvait circuler facilement en ville sans se faire écraser. On n’avait qu’une bicyclette et malgré tout on faisait pas mal de choses, on était plus libre d’une certaine façon mais il n’y avait pas de restriction. Moi j’aimais bien. Il y a trop de laisser aller. Je regrette l’ancien temps avec une certaine nostalgie.
Quelle était votre vie d’adulte ?
J’ai été très heureuse, vraiment très heureuse tant avec ma famille, qu’avec mes parents, mon mari et mes enfants. J’ai toujours bien aimé une vie de famille on sortait pas mal. Les sorties c'est-à-dire pas dans des fêtes mais sortir se promener, aller voir des amis. Mon mari et moi ça fait 65 ans que nous somme mariés. Nous aimions beaucoup le contact on avait énormément d’amis qui avait des enfants et on sortait beaucoup nous partions en vacances. Tous les ans, on allait au bord de la mer. La mer ça nous changeait de la montagne où nous vivions. On a élevé nos enfants en pensant à leur bonheur. Nous avons eu 4 filles. On en a eu un dernier, un garçon. J’étais vendeuse dans un magasin de chaussures, j’y suis restée 8 ans et après je me suis mariée parce que ensuite j’ai travaillé pendant la guerre. Ce n’était pas toujours facile de travailler mais on n’avait pas de tentation comme il y a maintenant. Des tentations de toutes sortes. Mais malgré tout on était content de ce que l’on avait. On n’allait pas n’importe où. C’était des bals de société on y allait avec ma sœur, le samedi soir. On ne faisait pas ce que l’on voulait car nous n’avions pas de moyens de contraception.

Comment vous sentez vous au sein de la structure dans laquelle vous vivez aujourd’hui ?
Je trouve que c’est bien, évidement rien est parfait mais c’est bien on a le confort, on a tout ce qu’il faut. Si on n’est pas trop exigeant, il n’y a pas de problème. Il ne faut pas être trop exigeant, parce qu’il y en a qui se plaignent : « On n’a pas bien mangé ! On ne peut pas faire ce que l’on veut ! On ne peut pas sortir ! ». Evidement on est loin de la ville on ne peut pas aller en ville, ceux qui peuvent marcher oui, mais ceux qui ne peuvent pas, ils ne peuvent pas aller bien loin. On n’a pas beaucoup de moyens de transport, à part les autobus ce n’est pas facile quand on est handicapé. Autrement je me plais bien, ça fait 4 ans que je suis là je me plais bien. Ici, je m’occupe de chez moi et puis tous les après-midi, j’aime beaucoup jouer aux cartes, à n’importe quoi ou à certains moments d’initions à la mémoire. Moi j’aime bien tout ça. De toute façon j’aime bien le contact avec les gens. Je n’aime pas rester toute seule dans mon coin. Je suis très peu ici. A part pour le ménage, une fois que le ménage fini je sors me promener à pied, pas loin. Je fréquente la plupart des personnes qui sont là. Je ne suis pas à me mettre comme certains assis en bas puis à regarder les autres. Non je n’aime pas. Ce qu’il faut surtout c’est la tolérance. Tolérer les autres, ne pas être contre tout ce qui se fait, évidement il y a du bien, du mal, du bien du pas bien.

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