Vonny

Un témoignage de Vonny,
né(e) le 10 mars 1920
Mémoire recueillie à

Je suis née à Oullins, mes parents sont ensuite partis travailler sur Lyon. Je suis allée en pension de 8 ans jusqu’à l’âge de 14 ans, c’était au-dessus de Sainte-Foy l’Argentière. Ma mère me reprenait une semaine avant la rentrée des classes pour m’habituer pour l’hiver, mais j’avais hâte de remonter vers mes copines avec qui je faisais de la luge. Après les repas, nous partions faire une ballade dans les bois, ensuite, nous regagnions l’école. Ma sœur et ma cousine m’y rejoignaient le temps des vacances. Cette école était un château, magnifique avec de belles peintures. J’y suis retournée avec ma sœur il y a quelques années et on a retrouvés nos souvenirs d’enfance. Maintenant, ce château appartient aux Hospices Civils de Lyon et c’est une maison de repos.

Après ça, je suis retournée en classe à Lyon. Je me suis mariée à 18 ans et j’ai eu ma première fille puis une deuxième. J’ai fait des petits boulots mais ma mère ne me laissait pas ma paye. Elle était couturière, elle nous faisait de jolies robes. J’avais vu un joli sac, il me faisait envie chaque fois que je passais devant la vitrine, mais je n’ai jamais pu l’acheter car ma paye était pour mes parents.
Lorsque mes filles ont été en âge de travailler, je ne voulais rien leur prendre mais mon mari m’a dit « Tu prends un petit quelque chose pour qu’elles voient ce que c’est. » Le samedi, elles allaient se promener en ville mais elles rentraient pour 19 h. Mon mari était mécanicien, il travaillait aux ponts et chaussées, il allait dépanner les camions puis il rentrait le soir, il était dans les environs.

Pour les vacances, nous faisions d’abord un séjour en Ardèche pendant 3 ou 4 semaines avec notre caravane puis on descendait dans le Midi dans un camping. On faisait notre passage en Ardèche quand mon mari est décédé. Par la suite, je suis allée chez ma sœur l’été. On est allées visiter la ville de Suze en Italie, on est allées en Suisse et puis je suis allée en Espagne au Perthus où la vie était moins chère. Je suis allée également à Monaco, c’est joli, j’ai visité le musée aux poissons, les jardins, c’est drôlement joli. J’y ai acheté des petits sabots pour ma petite fille. On est allées à l’océan, à Mimizan. On était 9 km de l’eau mais on entendait quand même l’océan, c’était impressionnant ! Il y avait de ces bateaux qui passaient! Ce qui m’a marqué aussi là-bas, c’est ces petites cabanes dans lesquelles les chasseurs rentrent pour se cacher et les grands pins !

Dans Lyon, j’aimais la presqu’île, Bellecour, les Jacobins, où on allait se balader. J’aime aussi la Croix-Rousse et le quartier de Saint-Jean avec les traboules. On avait des amis qui habitaient là-bas et pour monter chez eux, on pouvait trabouler. J’ai un petit-fils qui a 42 ans maintenant, qui possédait un restaurant vers la cathédrale Saint-Jean, et quand mon mari est mort, j’allais l’aider à faire la vaisselle, et j’y allais tous les jours ! Et il me faisait à manger mais à l’époque, il était radin, il ne voulait pas nous donner de fromage !

Au cinéma, j’aimais bien Alain Delon, il y avait Bourvil et De Funès aussi. J’ai lu la biographie de Bourvil l’année passée, il avait une femme qui s’appelait Jeanne Lefric. J’ai connu la chaîne unique l’ORTF, le noir et blanc puis la couleur et puis ma fille pour mes étrennes, elle m’a acheté une belle télé. Et autrefois, il n’y avait pas beaucoup de monde qui avait la télé. Je travaillais dans l’amiante, ça payait bien parce que c’était dangereux et les patrons le savaient, et en un mois et demi, j’ai pu me payer ma télé.

On faisait des appareils pour la Rodia Séta, c’était une grande usine qui était à Vaise. On cousait avec des aiguilles courbes, on mettait une toile de verre qui était blanche, on la cousait avec cette aiguille, après dans le dos on faisait pareil avec de la toile, dessous aussi pour boucher et puis dessus on laissait découvert et on y bourrait de laine de verre, ça piquait ! Et puis après on bourrait bien pour pas que ça fasse de trous, que ça soit bien normal et puis après, on mettait des coussins faits avec de la laine de verre dedans et puis on cousait.

J’ai été nourrice aussi, je gardais ma petite nièce, ma sœur travaillait à la Sécu et son mari chez Schneider, je l’ai gardée 3 mois jusqu’à l’âge de 6 ans. Elle disait « j’ai deux mamans », elle avait tout en double, et quand je la ramenais à ses parents, elle ne voulait pas rester. Après, j’ai fait des petits ménages par là, les gens avaient bien confiance en moi. Il y avait une dame, une voisine, elle levait sa gamine, la lavait, et elle l’amenait chez moi.

J’ai fait beaucoup de tricot. Je mettais mon poste sur la table et je tricotais. J’ai aussi fait beaucoup de mots croisés, c’est pour ça que je suis forte au Scrabble !

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