Voyage vers l’inconnu

Un témoignage de Jean Pierre Bastien,
né(e) le 11 novembre 1946
Mémoire recueillie à


Je m’appelle Bastien Jean Pierre et je suis né le 11 Novembre 1946 à Nancy. Je n’y suis pas resté longtemps car j’ai déménagé environ treize fois pour suivre mon père qui travaillait dans les travaux publics. Pour mon premier travail, je me suis associé avec lui mais ça ne se passait pas très bien entre nous. Il y avait beaucoup de tensions et beaucoup trop de disputes autant en tant que fils que comme employé. C’est pourquoi à dix huit ans j’ai pris la décision de partir. La majorité à l’époque étant à vingt et un ans, je n’avais pas tellement le choix, j’ai intégré la légion étrangère pour m’émanciper.


J’y suis resté cinq ans, j’aurais pu y rester davantage mais je ne n’arrivais plus à supporter leur fonctionnement, leur mentalité…


Comme je ne voulais plus avoir une vie réglée j’ai donc décidé de sortir de la routine, de suivre mes envies, de partir… Je suis parti en voyage, guidé par l’excitation de l’inconnu, les surprises du lendemain, l’envie de nouveautés et de rencontres. C’était juste le voyage pour le voyage. C’était d’époque, le mouvement hippies était à son apogée, beaucoup de jeunes parcouraient le monde, c’était le moment idéal pour voyager.


Il y avait tout un réseau, on s’échangeait des adresses. Les endroits désignés comme étapes nous servaient de lieux d’échanges privilégiés, où nous faisions des fêtes, partagions nos expériences, jouions de la guitare…


On changeait souvent nos plans, selon les rencontres, selon les situations, selon les moyens. Une véritable fuite en avant. Quand je faisais la route (du stop), je n’allais pas forcément où je voulais mais là où le conducteur se rendait. Un jour j’étais en Inde, le lendemain je partais en direction de Katmandou juste parce qu’on me l’avait conseillé.


Pendant ces trois ans de voyages, j’ai parcouru principalement l’Afrique, l’Inde, le Liban…


Un des moments qui m’a le plus marqué fut en Anatolie : alors que j’attendais sous un soleil caniculaire, je fus pris en stop par un homme qui conduisait une vieille deux chevaux qui transportait ses quatre moutons. Pour fêter mon arrivée, il tua une de ses bêtes. Ce geste était un véritable honneur car il sacrifiait pour moi l’un des biens les plus importants qu’il possédait. J’ai gardé de nombreux souvenirs et de nombreuses images de cette période « baba cool ».


En revenant en France, j’ai occupé pendant sept ans un poste de responsable de communauté Emmaüs. C’était un choix qui m’a permis de continuer à voyager. Je suis allé en Allemagne, en Hollande et à travers toute la France.


C’est à cette période que j’ai rencontré ma femme, à Emmaüs en Ardèche. Nous nous sommes installés ensemble et j’ai dû changer de profession. Je suis devenu chauffeur poids lourds international jusqu’à notre premier enfant. Encore une fois mon travail devenait trop contraignant pour ma vie de famille, j’ai donc trouvé un travail de représentant d’encarts publicitaires. Je pouvais continuer à être mobile tout en passant davantage de temps avec ma femme et ma fille. Par la suite nous avons eu un fils.


Quelques années plus tard nous avons divorcés. J’ai très mal vécu cette période et je suis tombé dans une forte dépression. Après mon hospitalisation, j’ai pris la décision de quitter mon appartement à Grenoble pour ne pas m’isoler. Malheureusement j’ai atterri dans une maison de retraite médicalisée, à seulement cinquante trois ans. J’y suis resté douze ans. Au début cela me convenait mais un jour je me suis « réveillé » et je me suis rendu compte que je ne pouvais absolument pas m’épanouir là bas. Je suis donc venu m’installer au foyer logement La Cerisaie à Fontaine.


Aujourd’hui je me sens beaucoup mieux, je ne voyage plus mais je garde une envie :


Traverser les Etats Unis en bagnole sur la route 66.



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