Voyages en Egypte et en Grèce

Un témoignage de Jeannine Coanus,
né(e) le 25 octobre 1928
Mémoire recueillie à

Nous aimerions discuter des différents voyages que vous avez eu l'occasion de faire dans votre vie...
J'ai bien aimé l'Égypte, la Grèce aussi, ce sont aussi des pays méditerranéens très accueillant, les gens vont volontiers vers les autres, en France par exemple, ils sont plus froids, plus réservés, je dirais.
J'estime qu'aller vers les gens, c'est leur faire entièrement confiance.
(Elle regarde la neige par la fenêtre) J'ai vécu dans l'est de la France, dans la Meuse, et une année il avait fait -25°. La route était comme un miroir. On faisait un pas en avant et deux en arrière !
A l'époque, nous habitions dans l'usine où mon mari travaillait. C'était une usine de métallurgie. Mon mari était le seul à avoir les clefs de l'atelier, alors dès qu'un ouvrier ou un responsable avait besoin d'un outil, mon mari devait aller lui ouvrir ; c'était la condition pour avoir le logement dans l'usine. Et alors tellement il y avait de neige et qu'il faisait froid, pendant une semaine à quelques jours près, nous n'avions pas pu ouvrir les volets...
Ensuite, nous sommes partis de la Meuse pour habiter dans le nord de la France, à Dunkerque. Mon mari a trouvé une place dans la même chaîne d'usine, où le salaire était le double voir le triple de ce que nous gagnions dans la Meuse tout en ayant les avantages.
Ensuite on lui a fait choisir un appartement et on lui a demandé :
- combien souhaiteriez-vous gagner ?
- le plus possible !
- et combien voulez-vous payer votre loyer ?
- le moins possible !
Nous habitions dans des corons, ce sont des maisons qui sont toutes dans le même alignement.
Nous y sommes restés environ 2 ans et demi, puis nous avons entendu parler qu’en Grèce, une autre usine se créait. Alors mon mari est allé passer l'examen pour apprendre à faire des chantiers modernes, ça devait durer 3 minutes, mon mari lui en 2 minutes il a terminé, haut la main !
Nous sommes alors partis, et là c'était vraiment quelque chose de merveilleux parce que nous avons été très bien accueillis par les grecs, c'était vraiment chaleureux.
Nous avions une maison qui donnait d'un côté sur la mer et de l'autre sur la montagne, c'était beau.
Juste derrière, il y avait Delphes, c'est où se rendaient les oracles et tous les peuples de l'antiquité pour demander ce qu'il fallait faire pour eux, pour leur famille, leur patrie.
Le grec est une langue bien difficile à apprendre ! J'ai beaucoup oublié, c'est une langue très difficile que, si l'on ne pratique pas, on oublie !


Nous venions du Nord où il faisait froid et arrivé là bas, au fur à mesure que le bateau descendait la Méditerranée, on sentait un réchauffement ; il n'y avait plus besoin de mettre le manteau, au mois de février, nous étions tous sur la plage en train de manger des brochettes.


Je suis née à Roanne dans la Loire, et, après ma naissance ma maman était très fatiguée, alors mes parents nous ont emmené en Italie où ils nous ont confié à notre grand mère (du côté de Papa).
Nous avons fréquenté l'école privée parce qu'elle trouvait qu'à l'école publique, à l'école du village, les enfants étaient mal élevés. Oh, ils n'étaient pas mal élevés mais c'était une idée qu’ils se faisaient... C'était une famille d'aristocrate, c'était des idées à eux...
Enfin nous nous plaisions bien dans cette école, on nous aimait bien, on nous appelait "les p’tites françaises".
Lors de la guerre je vivais chez mes grands parents. Mais ma famille ne s'intéressait pas à la politique, pour nous c'était une chose tabou. Il faut déjà penser au bonheur des gens, vous ne trouvez pas, que c'est ça qui est important.
Ils habitaient en Vénétie, la partie droite de l'Italie qui touche la Yougoslavie et le nord qui touche l'Autriche c'est la Vénétie.
Les Vénètes sont des bretons immigrés. Ils ont le teint et les cheveux clairs contrairement aux habitants de la basse Italie, région qui était occupée principalement par les arabes, les espagnols, les normands également. Il y a eu tout un brassage dans le sud de l'Italie, surtout en Sicile. Pas en Italie du nord, c'était surtout germanique là haut.


Vous pouvez nous parler de vos voyages ?
Quand je suis allée en Egypte c'était pour le tourisme, pour faire un voyage d'agrément.
J'ai bien aimé, la mentalité des égyptiens, ils vont volontiers vers les autres comme je vous disais tout à l'heure, c'est eux qui ont lancé les religions, il y avait beaucoup de religions chez eux, ils adoraient le soleil, la lune, les étoiles...
C'est un peuple gentil, généreux.
J'ai fréquenté une amie qui s'appelait Katia, elle était mi-italienne et mi-égyptienne, elle avait tout le type égyptien avec les cheveux très très noir, et quand nous nous disputions, je lui disais en Italien : « Sala rabâcha » et elle me répondait « Sale Francesa » mais c'était gentil. Quand j'y pense avec le recul, ce qu'on se disait, c'était gentil, ce n’était pas méchant du tout. J'aimerais bien que ce temps là revienne. En Egypte nous avons pu visiter les pyramides, les cataractes, les chutes du Nil, la basse Egypte ce qui touche le Soudan, j'ai bien aimé leur façon de vivre, gentil, simple, projeté vers les autres, ça c'est tout. J'étais descendu en bateau par le Nil et c'était un voyage très beau. En 10 jours, on a pu faire tout ça ! J'ai visité aussi le Scribe, vous savez, il est aussi au musée du Louvre. Ses yeux sont tellement expressifs qu'on peut lui chatouiller le bout du nez et il vous répond « alors qu'est que tu fais». Il est saisissant de vie, faire des choses pareilles !!! Ce n’est pas à la portée de n'importe qui !
A l'intérieur de la pyramide, il y a, comme à Notre-Dame de Paris, les rayons du soleil qui se projettent, en plein midi comme ça au dessus, vous vous sentez comme pris en main par quelque chose de mystérieux et vous vous demandez comment ces pyramides ont pu encore, de nos jours, être encore debout. Qu'est ce qu'on va leur laisser nous à nos descendants. C'est inexplicable, on ne peut pas expliquer tout ça c'est à se demander s'il avait des géomètres qui étaient meilleurs qu'aujourd'hui, ils avaient des secrets qu'ils n'ont pas transmis, ça n'a pas bougé pourtant il y a eu des tremblements de terre.
C'est un peuple chaleureux, trois fois chaleureux.


La chine aussi c'est une très belle civilisation, très intéressant non seulement du point de vue culinaire : ils ont 600 plats différents ; et ce sont des gens secrets, je me projetterais plutôt vers les égyptiens que vers les chinois, je ne sais pas pourquoi. Nous accueillons beaucoup de chinois en France. Vous avez mangé beaucoup de rouleau de printemps? Des nems? Alors ils font ça avec des crevettes, un peu de salade, enroulé dans une pâte friable. Ils les enroulent dans une feuille de salade et de menthe et ils le trempent dans une sauce « Nuoc mam ».

Vous lisez en ce moment?
Avant je lisais beaucoup mais je suis moins sur les livres en ce moment, j'aimais mieux les choses véridiques. Vous avez lu « la divine comédie » de Dante Aliguieri ? Il a fait le monde, imaginez ça c'est l'enfer, ça le purgatoire et là le paradis. Ceux qui sont là, c'est l'enfer alors il a dit « laisser tout espoir à vous qui entrez », il a notamment mis Brutus celui qui a assassiné César c'était son fils adoptif. Je lisais beaucoup plus avant peut être que ça reviendra. Je ne sais pas si on peut le trouver ici, je ne crois pas qu'il y en ait beaucoup qui s'intéresse à la lecture, les pauvres.
« Tout ce que je sais n’est rien à comparer de ce que je voudrais savoir» Socrate, il parlait bien (Socrate) c’était un « Cicéron ». Cicéron c’était un avocat romain il pensait qu'il n'y avait qu'un seul dieu, qu'il ne pouvait pas y en avoir plusieurs. Et tous ceux du sénat lui avait dit qu'il ne pouvait pas y avoir qu'un seul Dieu et comme ils n'étaient pas d'accord avec lui, sa tête a été mise à prix. Pour échapper au châtiment qui lui était réservé il s'enfuit sur la route de Naples mais les Sbires l'ont rattrapé et au moment de poser sa tête pour se la faire couper, il dit : « ô caosey caosor o miser e mey » : « ô cause des causes ayez pitié de moi ! ».
Ici il y a le chant, je participe à la chorale. Ma fille m'a dit « il faut que tu participes, ça te fait du bien ». On à la télévision aussi mais ils ont tous la télé dans la chambre moi je l'ai pas donc j'ai demandé à mon fils qu'il me l'emmène dans la chambre, je suis obligé de rester là pour la regarder. Il y a des choses intéressantes qui passent: « questions pour un champion », « des chiffres et des lettres », des reportages sur les voyages, sur les guerres. C'est pas beau les guerres, c'est honteux on est tous des êtres humains, ça devrait pas exister mais depuis que le monde est monde..., regardez Abel et Caen, il a tué son frère pour une histoire de haricots, parce qu'il voulait manger plus que son frère, vous vous rendez compte il ne faut pas être jaloux de ce qu'ont les autres parce qu'ils l'ont parfois acquis par le travail et ils l'ont gagné durement. Certains viennent au monde avec une cuillère en argent mais ce n’est pas le cas de tout le monde. Alors c'est à nous de faire tout notre possible pour bien vivre mais ce n’est pas toujours évident et puis on accepte mal les injustices. Les injustices, elles sont mauvaises.


Et la musique?
Oh la musique c'est beau (elle commence à chanter) « la merveille de la musique, est de n’être qu’un moment, c’est comme l’eau qu’on regarde et qui s’écoule lentement » c’est beau, c’est vrai c’est ça ! Je ne sais pas qui a écrit ça mais c’est beau hein, plutôt que de combattre et si on chantait. Vous mettez deux chanteurs l’un contre l’autre. Vous vous êtes mon ennemi moi aussi, le chant et puis c’est tout, c’est fini et les querelles sont passées.
Je suis plutôt musique classique, la musique allemande est plutôt dure, alors que la musique italienne est plus allegro, allégretto. Moi je préfère les musiques italiennes, ce n’est pas parce que je suis italienne d’origine mais parce que je préfère la douceur alors j’aime les musiques qui vont avec mon tempérament. Et les valses viennoises aussi (elle commence à chantonner et nous la suivons sur l’air du beau Danube bleu de Strauss).
Il y a un piano ici mais je ne sais jouer que « au clair de la lune », j’avais une cithare chez moi avec des partitions. Quand on est italien on aime forcement la musique, vous êtes d’origine italienne vous aussi ? Quand on se souvient de notre enfance… moi je ferme les yeux et je me rappelle j’avais des grands parents qui étaient très pratiquants, ils avaient leur nom sur leur siège à l’église, c’était les Bolzon, fallait s’asseoir là où il y avait notre nom. Ils avaient une maison avec une vigne qui coulait le long du mur, d’après ce que j’ai lu, les gens qui partaient en pèlerinage à Jérusalem pouvait s’arrêter chez mes ancêtres car il y avait cette vigne qui coulait le long du mur, ils étaient nourris logés ; c’est beau de voir ça. Quand je pense à ça, et ben, les Bolzon c’était des gens bien, ils avaient un bon cœur. Et quand ils tuaient le cochon ! Je me souviens quand j’étais polissonne on me mettait dans l’enclos avec le cochon, parfois y’en avait même deux. Moi je n’aimais pas alors je disais en patois de la Vénétie : «zianata overzini » (« tata ouvre moi »), quand j’y repense j’aimerais bien retourner avec le cochon. Bien des années j’y suis retourné, la maison s’est vendue plusieurs fois mais l’enclos du cochon était toujours là.
Lorsqu’on tuait le cochon je n’aimais pas, tout le village était invité parce qu’on faisait des saucisses puis on gardait la viande pour toute l’année ; alors tout le monde venait donner un coup de main. Que de souvenirs vous voyez je les ai pas oubliés. Je ferme les yeux et je me projette, je me souviens bien de mon enfance. Je partais à l’école à pied, je faisais deux kilomètres.


Quel est le souvenir le plus marquant, joyeux ou triste ?
Oh la la, la perte de mon papa l’année de mes 20 ans, j’étais monitrice dans une colonie de vacances puis le 27 août il est décédé. A chaque fois que j’y pense, je pleure. C’était mon bras droit. Arrivé à 80 ans et avoir encore cette peine (elle pleure). Des fois je m’imagine qu’il est assis sur une chaise et qu’il m’attend. J’ai perdu mon mari mais ce n’était pas pareil, mon papa c’était mon papa, c’était mon dieu. S’il m’avait dit « tu viens en enfer avec moi ? » j’aurais dit d’accord. Arrivé à 80 ans et avoir tant de chagrin ! Je donnerai tout pour qu’il revienne. Nous sommes en 2010, vous vous rendez compte il aurait 110 ans, il est décédé il en avait 48, c’est bien jeune pour décéder. Il y en a qui meurt encore plus jeune mais c’était mon papa à moi…
J’ai quand même des souvenirs joyeux quand mes enfants viennent me voir et que je pars avec eux, j’ai horreur de la solitude, j’aime quand il y a du monde vous voyez… Et si on allait boire un petit chocolat maintenant, qu’est ce que vous en pensez ?


Merci beaucoup à Mme Coanus pour sa gentillesse, ses histoires fabuleuses et l’agréable moment passé en sa compagnie.

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